Délégationdu Finistère

À la rencontre des personnes en errance

Chronique d’une tournée de rue

publié en décembre 2011

Le soir et le week-end, des jeunes de 18 à 35 ans, bénévoles au Secours Catholique, partent à la rencontre de ces hommes et femmes en situation d’errance, des hommes et des femmes pourvus de dignité malgré la grande précarité qui les entoure : « je vis comme un animal, je dors sous un arbre, mais je tiens à ma dignité », nous dira l’un d’eux.

Des personnes très diverses

Il y a les jeunes festivaliers et leurs chiens, l’homme sans emploi qui dort dans sa voiture, la femme maltraitée, le retraité qui ne parvient pas à subvenir à ses besoins avec sa maigre pension, le jeune mis à la porte par sa famille, les étrangers… Ils ont différents visages, différentes histoires, mais possèdent une chose en commun : ils nous ont tous accueillis dans leurs univers bien que nous ne leurs apportions rien de matériel, simplement de la chaleur humaine.

Une boisson chaude pour commencer

C’est avec une boisson chaude que nous nous présentons, afin d’introduire la rencontre. Mais proposer un café à des personnes bien souvent alcoolisées n’est pas toujours facile. Nous échangeons avec eux sur des sujets futiles, mais il arrive aussi parfois que l’un d’eux vide son sac, craque et laisse entrevoir le désespoir qui l’habite. C’est une des grandes difficultés des jeunes bénévoles des tournées de rue que de pourvoir « encaisser » les histoires difficiles de ces personnes, de les rassurer et de leurs redonner espoir.

Des situations imprévisibles

Les tournées de rue sont soumises au hasard : nous ne savons pas qui nous allons rencontrer, si l’ambiance sera aux blagues ou aux confidences douloureuses. « Nous allons vers l’inconnu », dira Émilie, bénévole des tournées. La rencontre fraternelle est notre objectif premier, mais ce n’est pas toujours simple face à un public souvent rejeté par la société et qui méprise parfois le système social.

Émilie et Rosine se souviennent d’une tournée difficile : « Un jeune homme était agressif dans son discours parce que nous étions bénévoles, nous reprochant d’être là pour avoir bonne conscience, que nous étions ici pour l’analyser, faire une thèse. Il en voulait aux services sociaux, et ce n’était pas facile à gérer. »

Briser la carapace

Ce type de propos nous les rencontrons parfois, mais à force de persévérance, nous arrivons à briser la carapace et à avoir une réelle rencontre avec les personnes. C’était le cas d’un homme assez âgé qui nous envoie « sur les roses » avec des propos contre les associations, les assistantes sociales… Cette personne a finalement pris du recul en voyant que nous n’avions pas la prétention de régler ses problèmes. Nous avons discuté trois quart d’heure avec lui et il a conclu par : « finalement j’aurais bien pris un café, ça m’a fait plaisir de parler avec vous, merci et à bientôt. »

Des gens dignes !

Malgré les difficultés rencontrées, les jeunes bénévoles ont le sens de l’engagement et se sentent utiles dans cette activité concrète. « On s’habitue aux personnes que l’on rencontre, alors on veut continuer », explique Émilie. Une chose marque les jeunes bénévoles concernant ces hommes et ces femmes en errance : « ils disent toujours qu’il y a pire qu’eux, ils relativisent toujours alors que leur situation est horrible à vivre », ils gardent une certaine capacité de relativiser, de garder espoir, même quand la misère est à la limite du supportable : c’est beau à voir !

Des hommes et des femmes pourvus de dignité, tout simplement !

Imprimer cette page

Faites un don en ligne