Délégationdu Finistère

Le quotidien de l’équipe de Bellevue à Brest

Ou : comment s’organise une équipe Secours Catholique de quartier

Comme trésorier de l’équipe de Bellevue (vaste quartier de Brest créé entièrement après la guerre), j’ai pu découvrir la générosité qui s’y déploie, le sérieux de l’engagement auprès des plus démunis, la rigueur de la gestion au quotidien et, sans toujours l’exprimer ouvertement, la volonté de vivre ensemble, en équipe, l’Amour de Dieu. Il n’a de sens en effet que s’il s’adresse à nos frères les hommes sans distinction aucune, sans jugement mais avec clairvoyance, pour aider en vérité. Pour que vous partagiez un peu notre action, je me propose de vous présenter notre semaine type de travail.

Dans notre quartier, la population est très mélangée : les nombreux immeubles abritent toutes les situations sociales possibles et tous les problèmes s’y rencontrent : chômage, familles dé/re-composées, vie sociale agitée, promiscuité, loyers trop pesants, misère physique ou psychologique, personnes isolées (jeunes ou âgées), absence de lien familial ou social, désœuvrement, alcoolisme et autres expédients… Les élus et les organismes sociaux sont présents, l’assistante sociale est active car les personnes désirant une aide doivent d’abord la rencontrer ; elle nous les enverra seulement si aucune autre solution n’est envisageable.

Notre équipe comprend actuellement 15 bénévoles âgés de 55 à 77 ans. C’est peu, car nous avons nos problèmes personnels (santé, famille…) et l’équipe a les siens (recrutement, organisation…). Il faut arriver à concilier vie personnelle et engagement ! Mais nous tenons à être solidaires des gens de ce quartier, par notre présence et notre action faite d’écoute, d’aide et de secours.

Durant nos trois après-midis d’ouverture par semaine, nous intervenons de différentes façons :

- accueil de la personne par un temps systématique d’écoute et d’aide psychologique ou morale ;

- attribution d’une aide en fonction du besoin précis de la personne : colis alimentaire de produits basiques choisis par elle (pour 10 à 20 € en moyenne) ;

- secours financier d’urgence (de 10 à 20 € avec, en cas de besoin réel plus important, réunion de la commission d’urgence sur place pour évaluer le bien-fondé de la demande).

Pour organiser au mieux ces tâches, toute l’équipe se réunit chaque mardi matin :

- Tout d’abord, nous assistons à la lecture d’un texte pour nous faire un peu réfléchir sur la fraternité humaine, l’amour des autres, notre présence et notre action dans l’équipe.

- Puis, nous étudions les demandes d’aide plus importantes pour les présenter à la Commission des aides de Brest ; si besoin, ces demandes seront transmises à la Direction diocésaine pour une étude et un suivi plus approfondis. L’important est de collaborer à tous les niveaux à la bonne gestion de l’argent des donateurs.

- Nous continuons notre réunion en discutant des accueils de la semaine précédente, pour ne pas rompre la qualité du suivi, ni risquer de multiplier inconsidérément les aides déjà apportées.

- Après une pause-café, nous organisons les tours de permanence de la quinzaine à suivre : au moins deux accueillants chaque jour d’ouverture (plus en fin de mois), plus une aide pour l’accueil à la porte (avec boisson chaude), une autre pour le service au magasin : commandes, livraisons, rangement, distribution... (chaque action financière locale doit porter le visa de deux personnes). Tous veillent au bon déroulement et participent au bilan comptable de l’après-midi.

- Nous informons l’équipe des nouvelles des autres équipes, de la Direction diocésaine et des diverses opérations ponctuelles à organiser pour récolter des fonds.

- Ensuite, nous préparons l’argent liquide de la semaine, auquel chaque membre de l’équipe a accès : cela nécessite confiance, rigueur, sérieux… chaque opération est notée, signée, contresignée car l’argent des donateurs au profit des démunis doit rester sous bonne garde ! C’est pourquoi la gestion mensuelle est expédiée en bonne et due forme à la comptabilité de la Délégation diocésaine qui comptabilise le tout. Tout ce fonctionnement peut paraître un peu fastidieux mais rien ne serait possible autrement : il est très facile de distribuer sans compter, mais la vraie générosité est celle qui dure, rendant possible le partage encore et toujours… Et ainsi, chaque piécette garde sa vraie valeur.

Jésus n’a-t-il pas fait récupérer les restes de pain et de poisson le jour de la multiplication des pains ? Car aimer c’est aussi prévoir et assurer l’avenir de ceux que l’on aime et que l’on veut aider.

C’est pourquoi nous essayons de suivre les personnes avec respect, discrétion et amour, même si nous éprouvons parfois de la révolte devant l’injustice qui les poursuit, du découragement devant leur absence d’énergie, de la colère devant leur indifférence à notre action, de la répulsion devant le manque d’hygiène, le laisser-aller ou la misère intellectuelle. Mais il nous arrive de partager la joie d’avoir convaincu tel ou telle de s’adresser à « Carrières », une branche du Secours Catholique où les bénévoles, par leur connaissance du monde du travail, aident les personnes éloignées de l’emploi à repartir en acceptant formation, stage ou intérim… c’est un vrai bonheur de voir quelqu’un retrouver sa dignité par l’accès au travail.

Un bénévole s’occupe aussi d’envoyer des enfants en vacances. Il faut beaucoup de disponibilité pour rencontrer les familles,t déterminer leur désirs, trouver des lieux, des familles d’accueil, préparer les dossiers, régler les questions d’assurance etc.

Et bien sûr, il y a le pèlerinage diocésain du SC à Lourdes, où certains accompagnent des personnes défavorisées. Hébergés à la Cité Saint-Pierre, nous vivons une semaine forte de fraternité et d’échanges, dont on parle longtemps.

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